Lentement les ombres dansent, animées par le souffle de la nuit sombre et silencieuse, les rires perdus des enfants d'autrefois résonnent parfois dans cette ruelle triste au pavage abîmé par le temps et délaissé de tout soin.
Longtemps ils ont aimé jouer, galopants comme des fous et passant des journées entières à observer naïvement le soleil qui brillait derrière de beaux nuages cotonneux.
Puis la catastrophe s'est déclenchée.
La mort les a cueillis un à un, laissant leurs corps ecchymoses on ne sait comment tomber sur le pavé qui en porte toujours les marques. Les parents atterrés parcouraient la ruelle à la recherche de leur progéniture et tombaient à genoux lorsqu'ils découvraient le corps.
Longtemps, ils ont pleuré. Les larmes accolées formèrent un flot continu qui abreuva la rivière qui grossit et commença à engloutir la ruelle. Alors ils arrêtèrent leurs lamentations et affrontèrent la vie de face.
Personne ne comprit de quoi ils étaient morts.
C'est alors qu'une nuit se produisit l'impensable. Des corps des petits sortirent des volutes argentées, qui créèrent un voile brillant. Et des milliers de voix résonnèrent, appelant leurs parents, des sanglots dans la voix.
Puis un seul enfant parla.
Tous étaient morts du désespoir. Aucun n'avait supporté de ne plus voir le soleil briller comme avant. Aucun n'avait supporté de ne plus pouvoir apprécier les joyeuses galopades. Ils avaient comprit l'horreur du monde et cela les avait effrayés. Ils avaient grandi.
